Le phénomène de l’aube

21/01/2018 Traduction d’un article du Dr Jason Fung
Voici une traduction libre de l’article The Dawn Phenomenon — T2D 8 par le Dr Jason Fung à laquelle j’ai ajouté certains commentaires personnels qui seront en italiques.

Le phénomène de l’aube

Le fait d’obtenir un résultat élevé lors d’une mesure de la glycémie après une période de jeûne est généralement déconcertant pour toute personne qui ne connaîtrait pas le phénomène de l’aube. Pourquoi le glucose serait-il si élevé si je n’ai pas mangé de la nuit ? Cet effet peut aussi être observé lors de jeûnes, y compris durant les jeûnes prolongés. Il y a deux causes principales – l’effet Somogyi et le phénomène de l’aube.

L’effet Somogyi

L’effet Somogyi est également appelé l’hyperglycémie réactive et survient chez les personnes ayant le diabète de type 2 (DT2). La glycémie baisse parfois en réaction à la dose de médicament prise pour la nuit. Comme cette hypoglycémie est dangereuse, le corps essaie d’augmenter le taux de sucre en circulation. Puisque le patient est endormi, il ne ressent pas les symptômes d’hypoglycémie tels que des tremblements ou de la confusion. Au moment où le patient se réveille, le sucre est élevé sans explication. L’hyperglycémie se produit en réaction à la baisse précédente. Cela peut être diagnostiqué en vérifiant la glycémie à 2 h ou 3 h du matin. Si elle est très basse, on peut conclure que c’est l’effet Somogyi.

Le phénomène de l’aube

L’effet de l’aube, parfois aussi appelé phénomène de l’aube (PA), a été décrit pour la première fois il y a environ 30 ans. On estime qu’il survient chez jusqu’à 75 % des patients atteints de DT2, bien que l’intensité varie considérablement. Il se produit à la fois chez ceux traités avec de l’insuline et ceux qui ne le sont pas. Le rythme circadien crée ce PA.

Juste avant l’éveil (vers 4 h du matin), le corps sécrète des niveaux plus élevés d’hormone de croissance, de cortisol, de glucagon et d’adrénaline. Ensemble, on les appelle les hormones de la contre-régulation. Autrement dit, ils contrent les effets hypoglycémiants de l’insuline, ce qui signifie qu’ils augmentent la glycémie. La montée nocturne de l’hormone de croissance est considérée comme la principale cause du PA.

Ces augmentations hormonales circadiennes normales (hormones de la contre-régulation) préparent notre corps pour la journée à venir. Le glucagon demande au foie de commencer à produire du glucose, l’adrénaline donne de l’énergie à notre corps, l’hormone de croissance est impliquée dans la réparation et la synthèse de nouvelles protéines et le cortisol, l’hormone de stress, augmente afin de nous activer. Après tout, nous ne sommes jamais aussi détendus que lors du sommeil profond. Donc ces hormones nous préparent doucement à nous réveiller. Un bon vieux coup de pied hormonal dans le postérieur, pour ainsi dire. Les hormones sont sécrétées de manière pulsatile, atteignant un pic au petit matin puis tombant à des niveaux bas pendant la journée.

Puisque ces hormones ont toutes tendance à augmenter la glycémie, nous pourrions nous attendre à ce que notre glucose sanguin soit extrêmement élevé tôt le matin. Mais ce n’est pas ce qui arrive. Pourquoi ?

La sécrétion d’insuline augmente également tôt le matin pour contrer les hormones de la contre-régulation. En d’autres termes, l’insuline est là pour s’assurer que le glucose sanguin ne monte pas trop haut. Cependant, si vous suiviez attentivement vos lectures de glucose dans le sang, vous verriez qu’il y a une légère augmentation le matin.

Donc, dans une situation normale, non diabétique, le glucose dans le sang n’est pas stable pendant les 24 heures d’une journée. L’effet de l’aube se produit chez les personnes non diabétiques aussi. On peut facilement ne pas le remarquer, car l’ampleur de la hausse est très faible, soit de 5,0 mmol/l à 5,1 mmol/l  (89 à 92 mg/dl). Cependant, cet effet a été observé chez tous les patients étudiés. Alors, sauf si vous recherchez spécifiquement le PA, vous risquez de le manquer.

Pensez-y de cette façon. Votre corps a la capacité de stocker l’énergie alimentaire sous forme de glucose (glycogène) et de graisse. Lorsque vous mangez, vous stockez de l’énergie alimentaire. Quand vous dormez (période de jeûne), votre corps a besoin de libérer cette énergie stockée. Vers 4 h du matin, sachant que vous allez bientôt vous réveiller, votre corps vous prépare pour le jour à venir. Il le fait en augmentant les hormones de la contre-régulation pour libérer du glucose dans le sang. Vous pouvez voir que la production de glucose tombe durant la nuit et commence à augmenter vers 4 heures du matin. Afin d’empêcher le glucose de trop augmenter, l’insuline augmente pour agir comme un « frein » sur le système.

Diabètes de type 2 (DT2)

Maintenant, que se passe-t-il dans le cas de diabète de type 2 ou de forte résistance à l’insuline ? D’abord, l’explication technique. Vers 4 heures du matin, des hormones de contre-régulation sont libérées, forçant le foie à produire du glucose, et de l’insuline est sécrétée pour contrôler ce glucose circulant. Cependant, dans le contexte du DT2, le corps a une résistance élevée à l’insuline, ce qui signifie que l’insuline a un effet minimal sur l’abaissement du glucose sanguin qui circule à ce moment. Puisque les hormones de contre-régulation (principalement l’hormone de croissance) fonctionnent toujours, le glucose dans le sang augmente sans opposition, et donc à un niveau beaucoup plus élevé que chez une personne non diabétique.

Dans une situation non diabétique, le foie est comme un ballon. Vous mangez, l’insuline monte et l’énergie alimentaire est stockée sous forme de glycogène dans le foie. Puisque le ballon était dégonflé, le sucre de votre repas y est entré assez facilement. Pendant que vous jeûnez, l’insuline baisse et le glycogène redevient de l’énergie qui circule, pour alimenter le corps.

Maintenant, considérez la situation d’une personne DT2. Après plusieurs années de surconsommation de sucre (glucides), son foie est devenu bourré de graisse et de glucose. Lorsqu’elle mange, son insuline monte et essaie d’obliger le foie à stocker encore plus d’énergie. C’est assez difficile. C’est comme essayer de gonfler davantage un ballon déjà bien gonflé. Le sucre et la graisse ne vont tout simplement plus entrer. C’est la résistance à l’insuline.

Note du traducteur : L’analogie que l’auteur tente d’expliquer est la suivante :

 Chez un humain non DT2 et non résistant à l’insuline

l’insuline pousse le glucose dans le ballon (foie). Le ballon se gonfle. Quand il n’y a plus d’insuline, le ballon dégonfle expulsant le glucose dans le sang pour être brûlé comme énergie.

 

 

Chez un humain DT2 et/ou résistant à l’insuline  

l’insuline tente de pousser le glucose dans un ballon (foie) déjà gonflé. Ce qui est très difficile. Le glucose reste donc dans le sang. La glycémie devient trop élevée.

 

 

 

 

Mais que se passe-t-il lorsque l’insuline commence à descendre ? L’énorme foie gras veut désespérément se dégonfler (voir dernier article en anglais). Dès que l’insuline tombe, le sucre se précipite hors du foie et dans le sang. Lorsque les médecins sont en mesure de voir des taux élevés de glucose dans le sang, ils posent un diagnostic de DT2. Que font-ils ensuite? Ils prescrivent de l’insuline.

L’insuline prescrite aide à maintenir le sucre dans le foie et hors de la circulation sanguine. Les glycémies sanguines s’améliorent : le médecin peut se féliciter d’un travail bien fait. Mais rien n’est réellement amélioré. La cause sous-jacente de la résistance à l’insuline est le fait que le foie est surchargé de graisse et de sucre, comme 10 lb de viande de saucisse dans une peau qui peut n’en contenir que cinq. Rien n’a été fait pour remédier à cette situation. Les patients doivent s’injecter eux-mêmes jour après jour leur insuline. Au fil du temps, ils nécessitent des doses de plus en plus élevées. Un an plus tard, le foie est comme 15 lb de viande de saucisse farcie dans une peau de 5 livres.

Dans le phénomène de l’aube, le corps reçoit l’ordre de libérer dans le sang une partie du glucose stocké au préalable. Tout comme un ballon surgonflé, le foie expulse une quantité prodigieuse de glucose dans le sang afin de se soulager de cette surcharge toxique de glucose. C’est comme d’essayer de retenir une flatulence… Aussitôt rendu à la salle de bain c’est : « on lâche tout ! ». Quand notre foie reçoit le « GO », il relâche du glucose en grande quantité, submergeant les pitoyables efforts de l’insuline pour garder ce glucose embouteillé dans le foie. C’est le phénomène de l’aube.

La même chose est observée pendant le jeûne. Rappelez-vous qu’il y a des changements hormonaux pendant le jeûne qui incluent des augmentations dans l’hormone de croissance, l’adrénaline, le glucagon et le cortisol. Ce sont exactement les mêmes hormones de contre-régulation que dans le PA. Ce sont des changements normaux. Comme vous jeûnez, votre insuline tombe. Votre corps essaie alors d’augmenter le glucose dans le sang en encourageant le foie à libérer une partie de son sucre et de sa graisse stockés. C’est naturel. Cependant, quand vous avez du DT2, il y a trop de sucre libéré par le foie qui apparaît dans le sang comme un invité non désiré.

Est-ce une mauvaise chose ? Non pas du tout. Nous ne faisons que déplacer le glucose du foie vers le sang. Beaucoup de médecins considèrent cela comme mauvais, parce qu’ils ne se préoccupent que du glucose qu’ils voient (la glycémie sanguine). Ils ne s’inquiètent pas du glucose caché.

Après tout, pensez-y de cette façon. Si vous ne mangez pas, d’où vient le sucre ? Il doit venir de l’intérieur de notre propre corps. Il n’y a pas d’autre alternative. Vous déplacez simplement le glucose du stockage où on ne le voit (mesure) pas vers le sang où vous pouvez le voir (mesurer). Ce n’est ni bon ni mauvais.

L’insuline déplace le glucose du sang (là où on le voit) dans les tissus (le foie) où on ne le voit pas. Ce n’est pas moins mauvais, mais ils (les médecins) sont capables de se féliciter pour un travail « bien fait ». Ce n’est pas différent de déplacer les ordures de la cuisine vers le dessous de votre lit. Ça sent la même chose, mais vous ne les voyez plus.

J’appelle les médicaments tels que l’insuline et les sulfonylurées des dracebos – placebos pour les docteurs. Ce sont des médicaments qui n’aident en rien le patient, mais qui font que les médecins se sentent mieux dans leur peau. Vous allez encore mourir de complications diabétiques, mais bon, au moins le médecin a sauvé son propre ego en prétendant qu’il/elle a fait quelque chose à ce sujet. L’histoire de la médecine est l’histoire de l’effet placebo (et dracebo).

NOTE DU TRADUCTEUR : Les sulfonylurées sont une classe de composés comportant un groupe sulfonyle lié à un groupe urée. Ils sont aussi appelés sulfamides hypoglycémiants, et sont une classe d’antidiabétiques utilisés dans le suivi du diabète de type 2. (Wiki).

L’Auteur invente ici un terme : « dracebos » qui est un amalgame entre « Doctor’s Placebo » ou en français un placebo pour docteur.

Nous utilisons généralement des médicaments pour maintenir la glycémie dans une fourchette raisonnable, sans qu’elle soit faible, pendant le jeûne. L’insuline maintient tout le glucose embouteillé dans le corps. Si nous arrêtons l’insuline, il y a un risque que le glucose sorte trop rapidement (comme le ballon gonflé qui se dégonfle tout d’un coup). Nous voulons donc utiliser juste assez d’insuline pour libérer le glucose stocké à un rythme raisonnable. Un médecin doit ajuster les médicaments pour contrôler correctement le flux de glucose hors du foie.

Le phénomène de l’aube ou une glycémie plus élevée pendant le jeûne ne signifie pas que vous faites quelque chose de mal. C’est un phénomène normal. Cela signifie simplement que vous avez plus de travail à faire.

Certaines personnes ont une glycémie normale à l’exception du phénomène de l’aube. Ceci nous indique qu’il y a encore trop de glucose dans le foie. Elles doivent continuer à brûler ce sucre. C’est un signe qu’il y a encore beaucoup de travail à faire avant que l’on puisse dire que le diabète a été renversé.

Pensez-y de cette façon. Le phénomène de l’aube consiste simplement à déplacer le glucose des réserves corporelles (foie) vers le sang. C’est tout. Si vos réserves sont pleines à craquer, vous expulserez autant de glucose que possible. En soi, ce n’est ni bon ni mauvais. C’est simplement un marqueur que votre corps a trop de glucose stocké. Solution ? Simple. Ne mettez pas de sucre dans votre corps (alimentation faible en glucides ou cétogène) ou brûlez-le (jeûne). Encore mieux ? Alimentation faible en glucides et jeûne intermittent.

Auteur : Dr Jason Fung

En résumé, le phénomène de l’aube est un mécanisme normal du corps humain. C’est simplement le corps qui se prépare à l’éveil et à la journée qui vient. Ce phénomène est pratiquement imperceptible chez un humain sans résistance à l’insuline, diabète, surpoids ou autres problèmes métaboliques. Chez les personnes avec troubles métaboliques, il peut expliquer des lectures de glycémie élevées le matin alors que nous sommes à jeun et que notre glycémie devrait être basse. Si c’est votre cas actuellement, ne vous inquiétez pas. C’est simplement un signe qu’il vous reste encore un peu de chemin à faire!

Traduit par Mario Carrière, 21/1/2018 rev 2, révision par Dre Èvelyne Bourdua-Roy